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HK, das Hündinnen Kommando | Forum

Old Nick
Old Nick Sep 28 '16

Je vais vous parler un peu en détail d’un bouquin que j’ai fini d’écrire il y a un an et demi, que je diffuse depuis lors en secret sous pseudo (Hannah L.), et qui commence à se vendre pas mal sur Amazon.


Ça s’appelle « HK, das Hündinnen Kommando » (le Commando des chiennes, pour les non germanophones), sous-titré « l’expérience la plus secrète des nazis ». En langage littéraire, la forme est une uchronie : une fiction qui a pour cadre un contexte historique réel, en l’occurrence la période nazie.

Je n’en ai fait aucune publicité jusque-là, et mon problème (?) est que le bouquin commence maintenant à attirer des lecteurs. Et, surtout, que certains le prennent pour un témoignage réel, malgré la toute dernière page qui annonce clairement la couleur : « HK est une œuvre de fiction, toute ressemblance serait involontaire et fortuite, etc. ».


Mais à l’évidence tous les lecteurs ne lisent pas cet avertissement 


Faut dire que je me suis donné du mal pour faire croire à un témoignage authentique. C’était même l’idée de base : l’unique rescapée d’une expérience nazie particulièrement glauque et soi-disant inconnue des historiens raconte son calvaire. Le manuscrit est censé avoir été découvert par la petite fille de l’auteur, une certaine Christine N., qui l’aurait traduit de l’Allemand avant de se décider à le transmettre à un éditeur français des années plus tard.


Une sorte de « Survivre avec les loups » version, trash, quoi.


Pourquoi « trash » ? Parce que, pour ce qui concerne le sujet, accrochez-vous. Pas de loup au HK, mais on reste dans le règne animal puisqu’il y est question de chiens : le Hündinnen Kommando est censé être une expérience ultra secrète décidée par Hitler et Himmler en personne. Ça consiste à sélectionner des femmes juives juste avant qu’elles soient gazées à Auschwitz, puis à les envoyer dans un château sadien hébergeant une cinquantaine de nazis et gardes SS formant le HK. Là, les malheureuses juives sont dressées en chiennes et éduquées à la pratique de la bestialité selon des méthodes et une discipline rigoureuses typiques de l’efficacité allemande... dans un but que vous connaîtrez si vous lisez l’ouvrage .


J’avais l’intention de laisser ce singulier bouquin tailler sa route tout seul sur Amazon, et de laisser planer le mystère sur son auteur, mais des événements récents me décident à l’assumer et à en faire la promo. J’ai en effet compris depuis peu qu’aucun éditeur mainstream n’acceptera de le diffuser.


Je vous résume les derniers événements concernant la trajectoire du truc.

Je ne comptais pas trouver d’éditeur en France, sachant que le contenu était tellement politiquement incorrect que tous les comités de lecture me renverraient le manuscrit à la gueule, au pire en le classant verticalement, au mieux en m’insultant et me traitant de malade mental. Mais je pensais de temps en temps que je pouvais à la rigueur l’envoyer à l’éditeur Ring : je connaissais un peu David Serra pour l’avoir rencontré et avoir discuté une bonne heure avec lui deux ou trois ans plus tôt.


Une copine appréciant mon esprit déjanté et mon écriture m’a récemment convaincu de faire parvenir le manuscrit à Ring, vu que je n’avais rien à perdre, et que Serra était connu pour être un éditeur couillu dans ses choix (il édite notamment Obertone et Renaud Camus). D’un commun accord, on décide donc d’avoir recours à une petite ruse, à savoir qu’elle irait elle-même le déposer dans une grosse enveloppe chez Ring, se faisant passer pour la petite fille de la rescapée (elle avait l’âge du rôle).

Vendredi aprèm, c’est donc ce qu’elle fait, et je l’attends au bistrot pendant qu’elle entre chez Ring. David Serra n’est pas là, mais son équipe a l’air intrigué et promet à la copine de transmettre le colis au boss en soirée. Sur la lettre de présentation de l’ouvrage (qui est une copie de celle qui figure en intro du bouquin dans l’édition Amazon faite par mes soins), j’avais indiqué pour seul contact l’email féminin de la soi-disant Christine N., créé spécialement pour l’occasion. Ni adresse, ni téléphone, donc. Ça, c’était le vendredi aprèm.


Le dimanche soir, je reçois sur le faux email féminin de la fausse petite fille de la fausse rescapée, un vrai email du vrai David Serra, disant : « Votre manuscrit m’intéresse, pouvez-vous me laisser un téléphone où vous joindre ? ». Je suis bien sûr content d’avoir éveillé l’intérêt de l’éditeur, mais je ne saute pas au plafond pour autant. Une réponse si rapide m’étonne. A-t-il vraiment lu le livre d’une traite durant le week-end ? A-t-il lu la dernière page ?


Le lendemain lundi, je me décide à aller aux nouvelles en me rendant dans les locaux de Ring, sans prendre rendez-vous. David Serra n’est pas là, mais je montre l’email reçu à son assistante, qui me donne son 06. Je l’appelle, l’informe que ni l’auteur de HK ni sa petite fille n’existent, que j’en suis le seul auteur, et que le manuscrit est donc une fiction. Et là, je redescends vite sur terre. De même que Serra, qui m’avoue qu’il a juste lu la lettre d’intro, qu’il a vaguement parcouru le bouquin… et qu’il l’a pris pour un témoignage authentique. Et que non, il n’avait en effet pas lu la dernière page. C’est donc le côté « scoop » de la révélation de barbaries nazies inconnues jusque là qui l’avait alléché, pas le récit en lui-même. On discute un moment, j’essaie de défendre l’intérêt du livre au-delà de la fausse biographie, mais il argumente de façon convaincante en mettant en évidence que le fait que ce soit une uchronie, un témoignage inventé, rend sa publication impossible. Pour plusieurs raisons, selon lui :

— les médias vont forcément « spoiler » le côté fiction, ce qui fera perdre tout intérêt au lecteur.

— vu que je l’ai mis sur Amazon depuis des mois, des pdf circulent déjà, donc le piratage sera forcément important, nuisant aux ventes d’une édition papier.

— surtout, le sujet est tellement chaud et glauque qu’on va déclencher la fureur de toutes les assoces antiracistes, qui vont hurler au scandale et monter au créneau en reprochant au bouquin d’alimenter les thèses négationnistes : si l’auteur (moi, donc) décrit une expérience aussi délirante que le HK, pourquoi les camps de la mort ne seraient-ils pas également une invention de l’esprit ?


À ce sujet, j’ai bien sûr été très conscient des dangers de ce dernier argument, dès les débuts de l’écriture. Je savais que c’était le principal risque de cette forme. Je n’ai pas spécialement envie de me justifier, mais le terrorisme intellectuel exercé aujourd’hui dans tous les domaines par les bien-pensants m’y oblige pourtant. Ceux qui me connaissent savent que je ne suis pas négationniste : je suis depuis toujours convaincu de l’existence des camps de la mort ; je me suis beaucoup documenté sur le sujet, je connais la question, et les négationnistes diffusent à mon avis des arguments approximatifs et de mauvaise foi. On pourrait longtemps parler du sujet, j’ai des arguments, là n’est pas le propos. Il y a de plus dans HK deux longues scènes de sélection avant gazage, qui indiquent clairement que je ne nie pas l’existence des chambres à gaz – bien au contraire.


Bref, il n’y aura donc pas de HK publié chez Ring ou ailleurs. Je vais le laisser sur Amazon et en faire la promo avec les moyens du bord. J’aime beaucoup ce livre, je l’ai écrit à temps perdu sur une vingtaine d’années, et m’y suis énormément investi. Les sessions d’écriture ont été douloureuses car tout y est d’une noirceur absolue, et j’ai dû passer des centaines d’heures à me replonger dans les détails des diverses barbaries nazies pour me rapprocher au plus près de la réalité historique. Ça parle de bestialité/zoophilie mais ce n’est pas un livre porno pour autant : c’est raconté par une femme, une survivante, donc je ne pouvais en rajouter dans les détails scabreux ou sexuellement explicites. Je pense que la dimension horrible de l’expérience est tempérée par la grande humanité de l’héroïne. Tout a été fait pour que ce soit ultra crédible, tant sur le plan historique que humain. C’est donc un texte très réaliste, et je comprends que des lecteurs/lectrices puissent se laisser piéger : encore une fois, tout a été fait pour.


Mais ça reste une uchronie, une fiction.

Je suis juste plus honnête que l’auteur de « Survivre avec les loups », qui a embobiné avec cette risible fiction les éditeurs et lecteurs du monde entier. Avec HK, on est très loin de la gentille bluette de la petite fille qui a survécu parmi les loups. Mais l’exercice littéraire est du même type : faire croire à une réalité en se servant d’un contexte historique connu.


En matière artistique, j’aime les grands fous et les textes violemment transgressifs, c’est mon problème. Je ne supporte pas le tiède, le consensuel. À peu près tout ce j’ai envie de faire sort des cadres de l’art officiel, choque le pékin lambda – et a fortiori l’éditeur, ou le producteur. C’est comme ça depuis toujours, je n’y peux rien, c’est mon style. Résultat, je ne peux donc compter que sur moi-même, et les moyens que me donne Internet, pour diffuser mes écrits.


HK est un ovni littéraire, je ne pense pas qu’il y ait d’équivalent à ce bouquin. Quoi qu’en pensent ceux qui le haïssent, comme ceux qu’il semble fasciner, je suis aujourd’hui décidé à l’assumer avec fierté. Car, au-delà des questions de forme, c’est aussi et surtout une sacrée plongée au plus profond de la nature humaine, un voyage qui vaut sacrément le détour pour celles et ceux qui s’intéressent aux pulsions bestiales de l’être humain, et à toutes les horreurs qu’elles peuvent engendrer.


Je pourrais parler de HK encore longtemps, mais je vais m’arrêter là. Si le coeur vous en dit, il est dispo en versions papier ou kindle (liseuses), vous savez où cliquer 

Édité par Old Nick Sep 29 '16
Maître Robert
Maître Robert Sep 28 '16




Votre expression écrite donne une impression très précise de la qualité de ce que vous nous apprenez.
C'est devenu une chose plutôt rare dans le marasme des publications qu'on découvre sur les forums.
Aussi, derechef, je vais me mettre à la découverte de votre ouvrage.
Merci d'éveiller ce désir de lecture...




jean paul hauchon
je suis curieux de nature et je vais de ce pas me plonger dans cette lecture ..